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L’exposition Rouge, qui a lieu du 20 mars au 1er juillet 2019 au Grand Palais à Paris. Elle s’intéresse à la manière dont le projet communiste a produit une forme d’art spécifique. Alexis Kuperfis nous en parle plus en détail.

« Art et utopie »

Le sous-titre de l’exposition est « Art et utopie ». Les utopies qui sont à la fois artistiques et politiques. L’utopie artistique est la façon dont les artistes ont rêvé de nouvelles formes d’art. L’utopie politique est la façon dont les rêves nourris par les révolutionnaires (socialisme) ont trouvé un écho dans les images produites par ces artistes.

La période couverte par l’exposition va de la révolution d’Octobre à la mort de Staline. La première partie se concentre donc sur les années 20 et principalement sur l’utopie productiviste. Ce mouvement qui a cherché à fusionner l’art avec la vie quotidienne et à faire en sorte qu’il puisse participer à la transformation du mode de vie appelée par la révolution. On trouve donc des artistes (notamment Rodtchenko ou Klutsis) qui vont abandonner les formes d’art traditionnelles comme la peinture et la sculpture au profit de formes artistiques susceptibles d’agir dans la vie comme le design, le théâtre, les arts graphiques, l’architecture ou encore le cinéma.

Ensuite, la seconde partie de l’exposition évoque les années staliniennes. Des années durant lesquelles, les artistes reviennent à une perception de l’art plus traditionnelle. C’est la période du réaliste socialisme, pendant laquelle les arts sont classifiés et ont pour but de représenter une vie idéale, celle du futur utopique du socialisme russe. Le Grand Palais expose dans ce sens des peintures évoquant la question du sport, la question du corps discipliné, de la maîtrise de soi et aussi des peintures sur le thème de l’avenir radieux du socialisme d’artistes différents comme Deïneka, Samokhvalov, Pimenov. Ce sont des peintres qui ont voulu à la fois poursuivre leur expérimentation picturale dans la lignée du modernisme et à la fois prendre en compte ces nouvelles thématiques qui leur étaient imposées.

Enfin, une dernière salle expose des œuvres qui montrent une version beaucoup plus sombre mais aussi plus conforme du socialisme en URSS. On trouve donc ici des grandes peintures d’histoire qui retracent la vie des chefs politiques, notamment celle de Staline, complètement mythifiée.

 

Les artistes exposés au Grand Palais pensaient qu’il était possible de changer le monde à travers des œuvres. L’exposition montre justement que, malgré le fait que l’on pense que ces artistes étaient des outils du régime totalitaire, ils en étaient les premières victimes.